L’élévation du niveau des mers pourrait atteindre 2 mètres à la fin du siècle, Le Monde, 30/03/16, 19h57
Clémentine Thiberge
 
Si la montée des eaux est inévitable, elle risque également d’être plus importante que prévu – jusqu’à 2 mètres d’élévation d’ici la fin du siècle. C’est ce que suggère une étude américaine publiée le 31 mars dans la revue Nature. Les auteurs, Robert DeConto de l’université du Massachusetts et David Pollard de l’université de Pennsylvanie ont modélisé la contribution de l’Antarctique à l’élévation des mers et ont mis en avant la sensibilité de cette calotte glaciaire.
« DeConto et Pollard proposent ici un des modèles les plus sophistiqués qui représente l’écoulement de l’Antarctique dans son ensemble, explique Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et coprésidente du groupe 1 au sein du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), jusqu’ici, on ne pouvait pas prendre en compte l’Antarctique dans les prévisions de la montée des eaux. »
Pour établir leurs résultats, les chercheurs se sont basés sur deux précédents épisodes de déglaciation. L’un datant du pliocène, voilà quelque trois millions d’années, et la dernière période interglaciaire, il y a 130 000 à 115 000 ans. Durant ces deux « épisodes chauds » le niveau des mers était respectivement de 10 à 30 mètres et de 6 à 9 mètres plus élevé qu’aujourd’hui.
En combinant les données géologiques aux données atmosphériques, les auteurs ont ainsi pu proposer un modèle applicable aux conditions actuelles. Pour les trois scénarios standards, c’est-à-dire une augmentation de température respective de moins de 2 °C, de 3 °C et de 4 °C, ils ont pu déterminer l’impact du recul de l’Antarctique.
Une augmentation de 1 à 15 mètres
Les chercheurs ont ainsi estimé que « si les émissions de gaz continuent à augmenter au rythme actuel, la fonte de la calotte antarctique pourrait contribuer à plus de 1 mètre d’augmentation du niveau des mers d’ici à 2100 et plus de 15 mètres d’ici à 2500. »
Cette nouvelle modélisation revoit fortement à la hausse les prévisions du cinquième rapport du GIEC. Celles-ci prenaient en compte la fonte et l’écoulement du Groenland, la dilatation des océans et la fonte des glaciers de montagne. « Mais le GIEC n’avait pas pu tenir compte l’effondrement de la calotte glaciaire au moment de son rapport, car les études manquaient, explique Catherine Ritz, chercheuse au laboratoire de glaciologie de Grenoble qui avait établi un modèle similaire en novembre 2015. Cependant, le groupe avait déjà reconnu que l’Antarctique constituait un des plus grands risques. »
Selon le dernier rapport du GIEC, dans le meilleur scénario, les océans s’élèveront d’ici à 2100 de 40 centimètres, dans le pire des cas, si les émissions de gaz à effets de serre restent identiques, le niveau des mers monterait de 1 mètre. Mais en ajoutant la contribution de l’Antarctique, on arriverait à une augmentation comprise entre 60 centimètres et 2 mètres.
Les méthodes utilisées par les membres de cette équipe leur ont permis d’étudier les secteurs instables de l’Antarctique et de prévoir les effondrements des plateaux de glace et des falaises de la calotte. « Il y a dix ans, on pensait que l’Antarctique de l’Est était stable, ce qu’on a observé depuis tend à prouver le contraire, explique Catherine Ritz. La plus grande incertitude sur l’augmentation du niveau des mers vient désormais de l’Antarctique. »

"New York serait inondée"
Les efforts annoncés lors de la COP21 – s’ils sont effectifs – conduiront à une hausse du thermomètre de 2,7 °C, selon la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), voire de 3 °C à 3,5 °C, d’après le Programme des Nations unies pour l’environnement. Dans ce cas, le modèle américain prévoit une hausse due à l’Antarctique de 50 centimètres, en plus des prévisions du GIEC.
Réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre
« Cela serait catastrophique pour les côtes et certains archipels qui seront rayés de la carte, alerte Valérie Masson-Delmotte. Mais aussi pour la ville de New York, par exemple, qui a basé son plan de construction sur une hausse du niveau des mers de plus de 1,40 mètre en pensant avoir une marge d’erreur. Ces nouveaux résultats montrent qu’en cas d’échec des accords de Paris, cette ville sera partiellement inondée. »
Côté positif, ce modèle montre qu’en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, l’exposition à une montée des eaux sera diminuée, voire limitée à quelques dizaines de centimètres. Mais pour cela, le GIEC estime qu’il faut réduire de 40 % à 70 % les émissions mondiales d’ici à 2050 et parvenir à la neutralité carbone – zéro émission – à la fin du siècle.
« Ce qui est sûr, souligne Valérie Masson-Delmotte, c’est qu’en cas d’échec de l’accord de Paris l’Antarctique sera notre principal sujet de préoccupation. »
<http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/03/30/l-elevation-du-niveau-des-mers-pourrait-atteindre-deux-metres-a-la-fin-du-siecle_4892681_3244.html>
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> Climat : l'Antarctique risque de faire monter la mer d'un mètre d'ici 2100, AFP, 31/03/16, 17:00
Si les émissions de gaz à effet de serre gardaient leur rythme actuel, le recul de la calotte Antarctique pourrait à lui seul faire monter les mers d'un mètre d'ici 2100, doublant quasiment les précédentes estimations globales d'élévation des eaux, pointe une étude parue dans Nature mercredi.
A plus long terme, cette montée liée à la seule Antarctique pourrait frôler les 15 m d'ici 2500.
"Ce pourrait être un désastre pour de nombreuses villes à basse altitude", souligne Robert DeConto, de l'Université du Massachusetts à Amherst, co-auteur de l'étude avec David Pollard de la Pennsylvania State University.
"Mais la bonne nouvelle est qu'une réduction drastique des émissions limitera ce risque de retrait majeur de la calotte Antartique", ajoute-t-il.
Jusqu'ici le Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (Giec) prévoyait une hausse globale du niveau des océans de 26 à 82 cm à l'horizon 2100 par rapport à la fin du XXe siècle, dont environ 12 cm seulement liés à l'Antarctique.
Cette nouvelle modélisation 3-D a la particularité d'intégrer réchauffement atmosphérique et dynamique des glaces (fractures produites par les eaux de pluie, effondrement des falaises de glace). Et elle confronte ces hypothèses à de précédents épisodes de chaleur, lors du dernier Interglaciaire (il y a quelque 125.000 ans) et du Pliocène (il y a 3 millions d'années).
"A une époque où les températures moyennes étaient à peine plus élevées qu'aujourd'hui, les niveaux des mers étaient bien plus hauts," par exemple de 6 à 9 m au cours du dernier Interglaciaire, soulignent les auteurs.
Les chercheurs étudient trois scénarios de concentration de GES.
Si l'humanité continuait à émettre au rythme actuel, les mers monteraient d'un mètre d'ici 2100 en raison du retrait de la calotte de l'Antarctique et d'environ 13 m quatre siècles plus tard, faisant vite oublier le gain de glace initial dû à des précipitations accrues.
En revanche si les émissions sont réduites pour limiter le réchauffement à +2°C par rapport à la révolution industrielle - objectif que s'est fixé la communauté internationale dans l'accord de Paris fin 2015 - il n'y aura quasiment pas de changement pour 2100 et le niveau montera de seulement 20 cm d'ici 2500.
Selon une hypothèse intermédiaire, le niveau s'élèverait de 32 cm d'ici 2100 mais de 5 m d'ici 2500.
Selon cette étude, le réchauffement de l'air deviendrait la cause principale de la fonte. Jusqu'ici, les recherches s'intéressaient surtout à l'impact du réchauffement de l'océan sur les plateaux de glace protégeant les abords de la calotte.
"Aujourd'hui les températures estivales approchent ou excèdent 0°C sur de nombreux plateaux", relèvent les auteurs. "En raison de leur surface plane près du niveau de la mer, un léger réchauffement atmosphérique suffit à accroître nettement l'étendue de la fonte de surface et des précipitations de l'été".
Dans le même temps, la hausse de température de l'océan retarderait pour des milliers d'années la reformation de glace, même si les émissions finissaient par être jugulées, pointe encore l'étude.
<http://information.tv5monde.com/en-continu/climat-l-antarctique-risque-de-faire-monter-la-mer-d-un-metre-d-ici-2100-99752>
 
source: la revue de presse de FNH