Point de vue. Climat : « Notre inaction alimente les migrations et les conflits en Afrique », Le Monde, 30/03/16, 14h43
Par Monique Barbut, secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD)
 
L’Afrique se trouve une nouvelle fois confrontée aux conséquences du phénomène El Nino. Pourquoi donnons-nous l’impression d’être si démunis alors que ce phénomène météorologique, qui se manifeste tous les deux à sept ans, est bien connu. La réponse est malheureusement très claire : il n’existe pas de réelle volonté politique d’aider les pays pauvres et les communautés à mettre en place les systèmes nécessaires pour anticiper, minimiser et gérer des désastres qui ne feront qu’empirer du fait du changement climatique. Il s’agit d’une situation foncièrement injuste, quand on sait que l’immense majorité des pays vulnérables comptent parmi ceux qui ont le moins contribué au changement climatique.
> Lire aussi : El Niño de retour après cinq ans d’absence
Nous devons être prêts à assumer toutes les conséquences de cette inaction qui ne pourra qu’alimenter des flux migratoires massifs, l’accroissement des conflits ainsi que le mécontentement de très larges pans de la jeunesse rurale.
Dynamiques conflictuelles
De l’avis des experts, le phénomène El Nino, qui sévit en 2016, risque de rivaliser en intensité avec les années 1972, 1982 et 1997-1998. Nous connaissons le cortège de conséquences tragiques qui en découlent pour les populations : famine, malnutrition, pertes de moyens de subsistance, éclosions de maladies, conflits interethniques, etc. Soit 60 millions de personnes concernées à travers le monde.
En Afrique australe, 29 millions d’entre elles sont déjà en état d’insécurité alimentaire. Près de 58 000 enfants somaliens sont au bord de la famine alors que les deux tiers de la population se trouvent en situation de déplacement interne.
> Lire aussi : En Ethiopie, la faim et la peur au ventre
Il est important de noter que, dans certaines régions, comme la Somalie, l’Ethiopie, le Kenya et la Namibie septentrionale, les communautés doivent affronter El Nino alors qu’elles se remettent à peine de sévères épisodes de sécheresse.
Nous sommes déjà passés par là auparavant. Le conflit qui a dégénéré en guerre et engendré des milliers de réfugiés au Darfour s’est manifesté dans un contexte marqué par quatre décennies de sécheresse et de désertification. La crise syrienne trouve l’une de ses causes dans la longue sécheresse des années 2007-2010. Dans les zones sujettes à la sécheresse marquées par une lente régénération des terres dégradées, ce sont les effets combinés de la pauvreté et de la perte des moyens de subsistance qui empêchent les populations affectées de réagir rapidement. Les pressions migratoires ou les dynamiques conflictuelles qui s’exercent de ce fait sur les maigres ressources deviennent alors inévitables. Ce n’est pas uniquement faire preuve d’irresponsabilité que de laisser des communautés entières se désintégrer quand nous disposons des connaissances et des moyens de renforcer leur résilience. Il s’agit aussi et surtout d’un comportement cruel et d’un manque total de clairvoyance. Notre incapacité à prioriser les besoins en termes d’adaptation au changement climatique pour les plus pauvres, les communautés rurales et les pays où l’agriculture constitue la première activité économique, nous rend coupables.
>> Suite à lire à :
<http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/03/30/climat-notre-inaction-alimente-les-migrations-et-les-conflits-en-afrique_4892510_3212.html>

 

source: la revue de presse de FNH